Deux collègues discutaient ensemble. Luc disait à Paul : « Oh quelle poisse ! Cela n’arrive qu’à moi ce genre de truc ! Cela fait vraiment très mal. Je suis triste. ». Paul lui a répondu : « Mais nooon ! Ne sois pas si négatif ! Regarde le côté positif ! Cela va passer et en plus tu as appris des choses. Allez, cela va aller ! Cela ne peut que s’arranger. ».
Je ne sais pas vous mais, si j’étais Luc, ce genre de discours ne m’encouragerait pas du tout. Je trouve que ce genre de réponse banalise le souci et l’inquiétude de notre interlocuteur. Cela ne motive pas et ce n’est pas ainsi que l’on incite quelqu’un vers l’efficience. D’ailleurs ce type d’attitude a même reçu un nom, je l’ai découvert récemment : La positivité toxique.
Mais en fait, qu’est-ce que c’est vraiment ?
La positivité toxique c’est la croyance selon laquelle nous devons toujours rester positif, peu importe les émotions négatives que nous traversons et les épreuves que l’on vit à ce moment-là. Cette croyance sur la positivité est très à la mode. Or, si une personne, un collègue ou un membre de notre famille vient vers nous pour être réconforté, que nous soyons à son écoute, et que nous lui répondons de cette manière, il sera loin d’aller mieux et n’aura ressenti aucune empathie. On peut se demander : La personne « positive toxique » est-elle même à l’écoute de ses propres émotions ?
Professionnellement, si nous allons vers notre responsable alors que nous avons besoin de son soutien pour un projet ou un souci et qu’il nous réponde : « Vois le bon côté des choses ! » nous risquons de nous sentir abandonné voire, frustré, sans écoute. Bonjour l’ambiance au bureau !
Pour un manager, il est normal de vouloir que son équipe soit heureuse dans son travail mais, imposer des émotions positives est contre-productif. L’être humain a besoin de se sentir entendu lorsqu’il est en souffrance. Citée par le magazine L’Illustré, la psychologue Jasmine Gage nous dit « On voit énormément de contenus qui confondent les notions ou les dénaturent complètement. On se retrouve alors avec des phrases bateau qui n’aident personne ».

Pour sortir de cette positivité toxique, Viktor Emil Frankl, psychologue et survivant de l’Holocauste nous recommande une forme d’optimisme tragique. Autrement dit, il y a de l’espoir et un sens à la vie tout en admettant l’existence du deuil, de la douleur, de la peur ou de la souffrance et en laissant de la place à nos émotions, quelles qu’elles soient.
Mais alors, à partir de quand la positivité cesse-t-elle d’être saine pour devenir toxique ?
« Il faut toujours évaluer le moment, votre public et votre objectif dans la situation en question » estime la psychothérapeute américaine Whitney Goodman cité par La Presse : « Quand quelqu’un se trouve dans un moment de détresse, la meilleure chose à faire est de lui demander : « Quelle serait la chose la plus utile que je pourrai faire pour toi en ce moment ? As-tu besoin d’être motivé ? Veux-tu juste que je m’assoie avec toi ?” »
Si la personne pleure, si elle est manifestement contrariée par quelque chose, ce n’est pas le moment d’être positif. Attendez qu’elle sorte un peu de cet espace.
Whitney Goodman est aussi l’écrivaine du livre « Positivité toxique, Se libérer de la dictature du bonheur pour aller vraiment mieux ». Je trouve ce titre très parlant. Comment retrouver notre efficience en cas de coup dur ?

Nous sommes tous des êtres humains et nous ne serons jamais positif chaque jour de notre vie. Si nous reconnaissons ce point, nous devons nous entourer de personnes qui nous permettront d’exprimer et de vivre nos émotions. Cela s’appelle « un ami ».
Mieux encore, nous devons devenir des amis pour ceux qui traversent un moment de tristesse (je ne parle pas de dépression). La psychologue Alex-Anne Lamoureux nous cite cette idée « Un bon exemple est celui d’une personne qui vient d’apprendre qu’elle a une maladie chronique. Elle est présentement sous le choc, elle vit beaucoup d’émotions, peut-être de la colère, un très grand découragement. Donc, quand la personne est encore dans cette émotion-là, on doit lui laisser le temps de la vivre pour ne pas minimiser ou réprimer tous les sentiments qu’elle peut avoir par rapport à cette nouvelle ».
L’empathie, l’écoute active et la validation des sentiments deviennent alors la clé, à son avis. Et parfois, souligne Alex-Anne Lamoureux, on a juste besoin de pleurer sur l’épaule de quelqu’un. « Pleurer, c’est un excellent moyen d’exprimer ses émotions ; c’est vraiment très libérateur en soi. »
Qu’est-ce qu’un article de ce genre fait sur un blog parlant de l’efficience ?
Nous ne pouvons pas être efficient chaque jour de notre vie, et encore moins productif. Par contre, nous pouvons le redevenir rapidement si dans notre entourage nous avons des personnes disposées à nous écouter et à nous encourager de manière empathique, tout comme nous-même pour les autres.
Alors, seras-tu un vrai ami efficient ?
Les photos sont de Franco Antonio Giovanella (Unsplash) et de Herzi Pinki (Wikimedia Commons)




5 réponses
Merci pour cet article! Vision très équilibrée de la réalité, et bons conseils pour être un vrai ami. Merci 😊
Merci à toi Oh lectrice !
Super intéressant! Merci Angelo 🫶🏽😊
Aïe… c’est triste si les gens commencent à utiliser la positivité de manière toxique… alors que le but est justement de remonter le moral et de se faire du bien à nous et aux gens autour…
Tiens donc